La cérémonie du foulard rend hommage aux étudiants autochtones. Il faut aussi les écouter.

21 juin 2021

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Katsitsaronkwas Shyann White, Mohawk du territoire de Kahnawà:ke, affirme que nous avons besoin de plus d’Autochtones dans l’administration publique et la gouvernance. L’augmentation du nombre d’initiatives et d’organisations dirigées par des Autochtones est une étape importante dans la lutte contre le racisme systémique.

Elle fait partie des diplômés de McGill honorés lors de la 11e cérémonie annuelle de remise des foulards, organisée par la Maison des peuples autochtones. Cette année, la cérémonie de remise des foulards s’est déroulée virtuellement, avec 60 diplômés d’origine autochtone.

Mme White a terminé le programme d’administration publique et de gouvernance avec mention, sur la liste du doyen et avec un prix Indspire. La diplômée a suivi le programme à temps plein tout en travaillant, également à temps plein, comme réceptionniste pour le conseil mohawk de Kahnawà:ke. « Je voulais un meilleur avenir », dit-elle. Le programme d’administration publique et de gouvernance lui semblait bien équilibré, et c’est la « cohorte autochtone » qui a renforcé sa décision. « J’ai rencontré des gens de différents milieux et de différentes nations, et c’était réconfortant. Je ne me suis pas sentie dépaysée et j’ai senti que j’avais ma place ici. »

Sept ans s’étaient écoulés depuis qu’elle avait suivi une formation de secrétaire, et le format en ligne était adapté à sa vie professionnelle et familiale, puisqu’elle est mère de trois enfants. La relation avec des camarades autochtones lui a rappelé l’époque de l’école secondaire, lorsqu’elle prenait le bus qui traversait le pont Mercier en direction Montréal pour s’y rendre. « Il n’y avait qu’une seule personne que je connaissais dans le bus, et j’ai éprouvé de l’anxiété jusqu’à ce que je rencontre d’autres élèves autochtones. »

Mme White est fière d’avoir intégré un nouveau poste la semaine dernière, celui d’assistante administrative du directeur de l’hôpital Kateri Memorial. Elle explique que le programme l’a beaucoup aidée dans sa carrière et qu’elle a apprécié l’intervention des défenseurs de l’enseignement postsecondaire qui comprennent les avantages de « l’éducation autochtone, à la manière autochtone ».

Elle nous confie que l’année a été difficile et que la COVID-19 n’a été que l’une des difficultés. « Heureusement, notre programme était déjà en ligne ; nous avons simplement continué à suivre le rythme, et nous pouvions toujours communiquer les uns avec les autres, témoigne Mme White. Je peux redonner à ma communauté d’une manière aussi valorisante et enrichissante. »

Prendre les devants, selon les perspectives autochtones

Tatiana Lamoureux Gauvin est chargée de cours dans le programme d’administration publique et de gouvernance de la Faculté de gestion Desautels de l’Université McGill. « Enseigner la communication interculturelle à une cohorte autochtone a été une expérience révélatrice », dit-elle.

Le fait d’offrir le programme entièrement en ligne a permis à un plus grand nombre d’étudiants d’y participer, qu’ils habitent la région de la Baie-James ou Haida Gwaii, en Colombie-Britannique. La cohorte lui a permis de mieux apprécier la diversité des nations autochtones du Canada. « Grâce à ce cours, j’ai découvert la richesse et la variété des différences culturelles au sein même des différentes communautés autochtones et des sous-cultures, explique Mme Gauvin. J’apprends de chaque histoire qu’un étudiant partage. »

Patrika McEvoy termine son dernier cours cette semaine. Elle a assisté aux cours par vidéoconférence depuis Haida Gwaii. Selon elle, le Programme de reconstruction des nations est un thème important dans le secteur de l’administration publique et de la gouvernance d’aujourd’hui. Il s’agit d’un travail qu’elle connaît bien, en tant que conseillère du conseil Old Masset de la Nation haïda. « La réconciliation est un exercice ardu, et nous pouvons élaborer des solutions aux problèmes qu’ils ont créés avec le génocide. »

« Si nous pouvons mettre en œuvre la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones au cours de mon existence, ce sera la moitié de la bataille », déclare Mme McEnvoy. La réconciliation passe nécessairement par la création d’un espace d’échange où le point de vue autochtone prime. « En tant que femme autochtone, j’ai appris à intégrer notre réalité dans nos études dès que l’occasion se présente, poursuit-elle. Nous pouvons le constater, lorsque les recommandations de la CVR sont mises en œuvre dans les institutions, car alors nous avons le droit de nous exprimer pour raconter nos propres histoires. C’est une conversation inconfortable, mais que nous devons tenir chaque fois que nous le pouvons. »

Teiawenniserate Jeremy Tomlinson, de Kanehsatà:ke, est d’accord. « Il y a toujours une différence perceptible lorsque nous, Autochtones, formons la majorité dans un groupe. Il y a un confort accru, dit-il. C’est difficile à expliquer, mais dans notre vie quotidienne, lorsque nous travaillons ou participons à d’autres activités au sein du système colonial, nous avons souvent des mécanismes de défense en place. C’est comme si, ayant eu affaire à tant de discrimination et de racisme, nous en venions à nous attendre aux questions et commentaires dérangeants. »

« Je peux témoigner du cas d’une professeure en particulier : Kit Malo. Elle était très ouverte et a vraiment assuré la médiation dans un forum qui m’a permis de me sentir à l’aise pour partager mon expérience dans le cadre des activités d’apprentissage », explique M. Tomlinson. Selon Kit Malo, la valorisation des expériences vécues et de l’apprentissage réalisé par les Autochtones est essentielle, en particulier dans les cours à contenu autochtone ou les cours de sensibilisation. Elle est chargée de cours en comportement organisationnel.

Mme Malo aimerait que des ressources permettent d’augmenter le nombre de conférenciers autochtones dans toutes les facultés et écoles. « J’y ai réfléchi, en tant que personne blanche ayant reçu une éducation coloniale, et ma perspective va renforcer beaucoup de choses que je pense que nous devons désapprendre », souligne-t-elle.

La professeure a recours à une méthode de co-apprentissage, ce qui l’aide à naviguer parmi des thèmes qui se prêtent naturellement à l’expression des voix autochtones. « Il s’agit d’un espace où je pouvais parler de choses d’un point de vue qui me tient à cœur, et être avec un groupe de personnes qui souhaitent avoir ces conversations et les aborder selon leur expérience vécue, mais aussi leur sagesse, leur intelligence et leur perspective. C’est incroyablement enrichissant », témoigne-t-elle.

Selon elle, cela a renforcé une démarche qui convient à son style d’enseignement et qui consiste à examiner le comportement organisationnel d’un point de vue critique. « Et d’en parler d’une manière aussi antiraciste et anti-oppressive que possible, ajoute-t-elle. L’une des questions que je me pose pour les enseignants non autochtones, y compris moi-même, est de savoir dans quelle mesure nous apprenons, établissons des liens pour comprendre, absorbons et écoutons les cultures autochtones et les problèmes systémiques de façon constante. »

Les enjeux du recrutement d’étudiants autochtones 

Carole Brazeau, directrice du programme des initiatives autochtones au sein du Bureau du recteur et du vice-recteur, indique que le nombre d’étudiants autochtones actuellement inscrits à McGill est de 451. L’université comptait 39 736 étudiants en 2020.

Ce petit nombre ne surprend pas M. Tomlinson. « De plus en plus, nos concitoyens se sentent mal à l’aise dans ces institutions, car ils sont victimes de discrimination et de racisme quotidiennement. Le fardeau de la « réconciliation » repose désormais sur les épaules de notre peuple, car les Autochtones sont toujours considérés comme étant le problème pour améliorer les relations », déclare-t-il.

Dans un profil 2019 sur les étudiants autochtones de niveau postsecondaire, il y a une tentative consciente d’augmenter le contenu autochtone. Mais il y a une différence entre « insérer du contenu » et incorporer les conceptions du monde autochtones sur le partage du pouvoir et la communication, qui sont très pertinentes pour l’enseignement, l’apprentissage et les discussions de groupe.

« Ce n’est pas facile à naviguer », estime M. Tomlinson. Il faut trouver un équilibre entre l’éducation « moderne » et la promotion et la revitalisation des connaissances culturelles et des langues autochtones. »

Cela se reflète dans son propre parcours. Il a cessé ses études, choisissant plutôt de se consacrer à l’apprentissage et à l’enseignement de sa langue – le kanien’kéha.

Accroître la participation des Autochtones est une chose, avoir l’intelligence émotionnelle et les compétences en communication pour créer des espaces plus sécuritaires en est une autre.

Pour l’enseignante Tatiana Lamoureux Gauvin, il s’agit d’un élément essentiel : « La création d’espaces sécuritaires ne consiste pas seulement à créer des espaces où les élèves se sentent à l’aise pour parler, mais aussi à instaurer des espaces sécurisés qui sont respectueux. »

La nécessité d’adopter des approches qui tiennent compte des traumatismes 

La Dre Carmen Sicilia est directrice des relations avec les Autochtones à la Faculté d’éducation permanente de l’Université McGill. Elle réfléchit aux leçons tirées de l’expérience de la première cohorte autochtone du programme.

« L’une des leçons est que certaines de ces conversations sont parfois difficiles à gérer pour les chargés de cours et les professeurs non autochtones, avance-t-elle. Les conversations difficiles peuvent susciter des émotions et des traumatismes chez les élèves. Nous avons appris que nous devons fournir un soutien – un meilleur soutien et plus de soutien à la fois – aux enseignants et aux élèves. »

La médiation tenant compte des traumatismes était un besoin évoqué par un étudiant autochtone du programme, de même que la demande qu’un plus grand nombre de chefs autochtones participent à ces conversations.

« C’est vraiment important, dit Mme Sicilia. Ils doivent être soutenus non seulement en classe, mais aussi lorsqu’ils quittent la classe. Nous devons être consciencieux et conscients, et être capables de créer un espace sécurisé. Lorsqu’ils s’en vont, ils se sentent toujours en sécurité et savent qu’ils peuvent se tourner vers quelqu’un pour parler. »

L’une des choses sur lesquelles travaille Mme Sicilia est l’invitation d’aînés de diverses communautés du Canada afin qu’ils puissent apporter leur soutien, à temps partiel, aux étudiants et aux enseignants. Elle espère que cette initiative pourra être mise en œuvre au-delà de ce programme particulier.

Aller de l’avant

Après la cérémonie du foulard, la Faculté d’éducation permanente a tenu une convocation virtuelle en cette année de pandémie. Au total, 60 étudiants autochtones ont obtenu leur diplôme, dont 3 en administration publique et gouvernance.

La célébration a rendu hommage aux diplômés et a pris soin d’honorer la mémoire des enfants du pensionnat du territoire de Tk’emlúps te Secwe̓pemc.

En tant que diplômée autochtone, j’ai été invitée à prendre la parole lors de la cérémonie de remise des diplômes. J’ai commencé par exprimer ma gratitude à l’égard de ma propre mère, qui a commencé ses études dans l’une de ces « écoles » et qui, pourtant, accorde toujours de l’importance à l’éducation pour ce qu’elle peut nous apporter.

Les leçons apprises au sein de notre cohorte autochtone ont démontré le dur travail à accomplir pour démanteler le racisme systémique, et la beauté de ce qui peut se produire. La création de places pour les élèves autochtones est un élément, mais il faut aussi veiller à ce qu’il ne reste aucune place pour le racisme dans les salles de classe.


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