La maison mère des Soeurs de Sainte-Anne, qui ont été impliquées au pensionnat de Kamloops. 
Photo : Pablo A. Ortiz 

 Cet article traite du système des pensionnats autochtones,  un sujet qui peut réveiller des souvenirs liés aux traumatismes provoqués par des abus passés. Un soutien aux survivants et à leurs familles est disponible. Appelez en tout temps la ligne de crise de la Société des survivants des pensionnats autochtones au 1-800-721-0066, 1-866-925-4419 pour la ligne de crise en tout temps.

Les communautés autochtones sont en deuil au Canada. Le 27 mai dernier, les restes non identifiés de 215 enfants autochtones ont été retrouvés sur le site du pensionnat de Kamloops, en Colombie-Britannique. Le plus grand pensionnat autochtone au Canada était supervisé par les Sœurs de Sainte-Anne, une congrégation fondée au Québec en 1848. Les religieuses québécoises ont travaillé et ont été rémunérées pour forcer l’assimilation d’enfants autochtones arrachés à leur famille, et ce, dans au moins trois autres pensionnats de Colombie-Britannique. À leur maison mère, l’héritage des Sœurs de Sainte-Anne lié aux pensionnats autochtones se fait discret. Depuis la macabre découverte, les religieuses s’abstiennent. Pas de messe, pas de mot, pas de commentaires, pas d’excuses. La Converse leur a fait briser le silence. 

Un héritage invisible 

Vendredi après-midi, après avoir insisté pendant plusieurs jours, nous rencontrons la supérieure de la congrégation des Sœurs de Sainte-Anne, sœur Rita Larivée. Celle-ci nous conduit à travers le petit bâtiment où se trouve son bureau et nous offre une visite guidée du cœur de la congrégation québécoise. « Nous sommes très investies dans l’éducation et la santé », dit-elle en nous montrant des artefacts des missions des sœurs à Haïti, au Chili, au Cameroun, au Japon, en Alaska, au Québec et, finalement, en Colombie-Britannique. « C’est pour ça que vous êtes là », dit-elle en pointant une vitre où l’on voit des photos, des pamphlets et une carte montrant le voyage des sœurs de Sainte-Anne de Montréal à Victoria. 

« Imagine sister Marie Jean Berchmans hurrying this way everyday and glancing across to her destination, the Songhees Indian School, where she taught from 1895-1911 », peut-on lire dans un dépliant intitulé Following in Their Footsteps (« Imaginez la sœur Marie Jean Berchmans se dépêchant chaque jour, en jetant un coup d’œil vers sa destination, l’école indienne de Songhees, où elle a enseigné de 1895 à 1911 ») qui est derrière une vitre dans le petit bureau de la congrégation et que nous avons pu consulter. C’est la seule référence à l’implication des Sœurs de Sainte-Anne dans les pensionnats que nous trouverons dans la maison mère. 

La seule mention des pensionnats autochtones dans dépliant intitulé « Following in Their Footsteps », rédigé par la congrégation. 

Sur le site internet des Sœurs, pas un mot à ce sujet. On présente l’intuition chrétienne de la fondatrice du couvent comme « un héritage à partager avec les chrétiens et les chrétiennes qui se sentent appelés à faire grandir la vie ». « Mère Marie-Anne (Esther Blondin), fondatrice de la congrégation, est la figure évangélique qui les inspire », est-il écrit. Sœur Larivée explique cela par le fait que la congrégation n’a pas les ressources technologiques pour faire des changements à son site internet, car la moyenne d’âge des religieuses est de 85 ans. Son homologue en Colombie-Britannique, sœur Marie Zarowny, dit avoir fait des présentations dans des écoles québécoises sur le sujet. « Nous n’avons jamais nié notre implication dans les pensionnats, nous avons pleinement participé à la Commission de vérité et de réconciliation. Si les gens ne savent pas que nous étions là, je ne sais pas pourquoi. Nous n’essayons pas de cacher quelque chose, c’est certain. » 

Ces derniers jours, les nombreux témoignages des survivants de Kamloops font état des abus sexuels et psychologiques qu’ils ont vécus au pensionnat. On les lavait avec du désinfectant et on leur disait qu’ils iraient en enfer lorsqu’ils parlaient leur langue, ou on faisait des références au cimetière pour les discipliner. Questionnée à ce sujet, sœur Larivée s’attarde d’abord sur la bonne volonté des religieuses. « Oui, elles étaient là, mais au moins elles étaient là pour prendre soin des enfants, car qui d’autre y aurait été si ce n’était pas elles ? », demande-t-elle, ajoutant qu’elles étaient « des femmes de leur époque ». Elle explique le silence de sa congrégation depuis la découverte faite à Kamloops par l’échec de l’être humain. « Pour être honnête, je dois dire que nous avons été prises d’assaut, car on était tellement impliquées ; nous ne savions pas comment réagir. Vous ne pouvez pas simplement vous consoler en disant : “Je ne savais pas.” Et vous vous rendez compte que vous étiez complice. »  Les mots lui manquent. « Parfois, la meilleure chose à faire est de s’asseoir en silence et d’écouter, puisque ça ne se défend pas », affirme la sœur supérieure. 

Pas d’excuses, pas de noms 

Mais retournons en Colombie-Britannique, où 23 religieuses de la congrégation sont toujours en vie – et parmi elles, certaines qui ont travaillé à la Kamloops Indian Residential School (KIRS). Les sœurs refusent de nous donner leur nom et de nous laisser les interviewer, et ce, pour protéger leur vie privée. « Les personnes qui étaient là savent le nom des sœurs qui étaient là », nous répond sans détour sœur Marie Zarowny, la présidente des Sœurs de Sainte-Anne en Colombie-Britannique. 

Au téléphone, elle nous dit d’emblée : « Je voudrais clarifier une chose : nous n’avons jamais géré le pensionnat de Kamloops. Nous étions engagées par une autre organisation religieuse pour administrer l’école, et on a demandé à notre communauté d’offrir du personnel enseignant et du personnel de soutien, pour voir notamment au service de garde pour les filles et au service alimentaire. » Interrogée sur le rôle des Sœurs, elle répond en jouant sur les mots. « Quelle que soit la terminologie utilisée, cela ne représente probablement pas la signification de ce que nous faisions. […] Nous étions là pour répondre à leurs besoins, pour prendre soin d’eux, pour les divertir ; nous étions là pour nous assurer qu’ils dormaient à la bonne heure. »

Dans la congrégation, on nous renvoie au travail de sœur Marie Zarowny, en particulier à ses efforts de dialogue avec les nations autochtones. Malgré cela, elle n’a pas communiqué avec les survivants du pensionnat de Kamloops ou avec des leaders autochtones depuis que l’on a trouvé les restes non identifiés de 215 des enfants que sa congrégation a éduqués. « Je n’ai pas été en contact avec les survivants au cours de la dernière semaine, et aucun d’entre eux ne m’a approchée. Il est absolument nécessaire que j’aie plus d’information au sujet de ces fosses », déclare sœur Zarowny. 

À propos de la macabre découverte, la présidente des religieuses en Colombie-Britannique n’est pas prête à s’excuser. « Nous devons savoir pourquoi nous nous excuserions et ce qui s’est vraiment passé », affirme-t-elle laconiquement. Sa supérieure à Lachine, sœur Larivée, dit que, si elle doit s’excuser, la congrégation le fera en groupe, avec la Conférence religieuse du Canada, c’est-à-dire avec les 240 congrégations catholiques présentes au pays. Pourquoi pas une excuse officielle au nom des Sœurs de Sainte-Anne ? « C’est juste comme ça que l’on fonctionne », rétorque-t-elle. 

Les religieuses de Sainte-Anne se sont occupées des enfants de KIRS de 1890 à 1970, mais disent ne pas savoir combien d’entre eux sont décédés. « Oui, les étudiants mouraient, mais même avec nos archives, nous ne savons pas combien d’étudiants sont morts », explique sœur Larivée. D’après sœur Zarowny, lorsque les enfants mouraient, ils étaient enterrés au pensionnat, dans le cimetière, ou envoyés à leur famille lorsque c’était possible. « Ceux qui mouraient étaient enregistrés. Ce n’est pas que les enfants disparaissaient et que nous ne savions pas ce qui s’était passé avec eux, nous étions en deuil », ajoute sœur Zarowny. 

La découverte des fosses communes n’a pas été une surprise pour les religieuses, qui disent en avoir eu vent dans le rapport des enfants disparus de la Commission de vérité et de réconciliation. « On savait qu’il y avait des fosses, mais on ne savait pas combien il y en avait », confirme sœur Rita Larivée. Mais avant la commission, pouvaient-elles ignorer que 215 corps d’enfants qui étaient sous leur responsabilité se trouvaient dans le sol du pensionnat ? « Une fois que nous aurons les dates des enterrements, cela nous donnera des indices sur ce que nous pouvions savoir », répond froidement la présidente des Sœurs de Sainte-Anne en Colombie-Britannique. « Je ne peux pas dire, je n’ai aucune manière de le savoir. Je suis certaine que les sœurs de l’époque auraient su ce qui se passait », avoue avec un certain malaise la sœur supérieure de la congrégation. 

Des archives protégées, une entente contestée 

Les archives des sœurs pourraient éclairer ces questions, mais il est difficile de les consulter. Les religieuses disent avoir transmis toutes leurs archives sur les pensionnats autochtones au Centre national pour la vérité et la réconciliation (CNVR) en 2012. « Aucune d’entre nous n’a nié ou retenu des informations sur notre implication dans les pensionnats, poursuit sœur Zarowny. Nous avons pleinement participé à la Commission de vérité et de réconciliation. » 

Lorsqu’on lui demande de consulter les archives, sœur Zarowny nous envoie vers le Centre national sur la vérité et la réconciliation. Ce dernier nous donne un lien qui nous envoie vers un site dans lequel on indique que les archives sont conservées au Musée royal de la Colombie-Britannique. Les archives sont sous clé et gérées par une archiviste des Sœurs de Sainte-Anne qui les révisent et y note les imprécisions. 

Une entente signée en 2011 et modifiée en 2018 a été conclue entre les Sœurs de Sainte-Anne et le Musée royal de la Colombie-Britannique. D’après cette entente, les archives sont sous la tutelle des religieuses jusqu’en 2027. Elle est signée par sœur Marie Zarowny et le directeur général du Musée de la Colombie-Britannique, Jach Lohman

Plusieurs membres des communautés autochtones de la Colombie-Britannique demandent la rupture de l’entente et une enquête sur ce qui a mené à sa signature. Cette semaine, la ministre des Arts et de la Culture de la C.-B, Mélanie Mark, a aussi demandé aux Sœurs de Sainte-Anne de rendre toutes leurs archives sur les pensionnats aux communautés autochtones touchées. Questionnées à cet effet, les religieuses disent ne pas avoir été avisées des demandes de la ministre et des communautés autochtones. Elles réfutent les déclarations de ces derniers. « Nos archives ont toujours été ouvertes au public », déclarent-elles. 

D’après la directrice du Centre d’histoire et de dialogue sur les pensionnats autochtones, Mary Ellen Turpel-Lafond, même si les Sœurs affirment que leurs archives sont publiques, les demandes pour les consulter doivent être approuvées par un archiviste des Sœurs qui a un contrôle total sur la collection. « Les Premières Nations n’ont pas un accès évident ou sans entrave aux archives », résume-t-elle. Elle ajoute que, lorsque les Sœurs de Sainte-Anne ont soumis des documents à la Commission de vérité et de réconciliation, elles n’ont pas signé de renonciation, de sorte que ces documents ne sont pas accessibles. « Il est temps que les Sœurs reconnaissent ce fait et prennent des mesures concrètes en faveur de la réconciliation en ouvrant leurs dossiers aux Premières Nations qui souhaitent obtenir un compte rendu complet de ces systèmes. Cela ne devrait pas être reporté à des années plus tard », juge-t-elle.

Les voix des survivants effacées

La congrégation a envoyé à La Converse son propre récit de 25 pages sur son héritage lié au pensionnat de Kamloops, tiré de son rapport de 109 pages The Sisters of Saint Ann in the Indian Residential Schools in British Columbia, Canada, 1868-1984: The Sisters’ Story. Ce document a été rédigé en 2015, après les audiences de la Commission de vérité et de réconciliation. On y fait les louanges des Sœurs et de « leurs efforts inlassables » sans mentionner les abus que subissaient les enfants. L’anthropologue Marie-Pierre Bousquet a passé des heures à lire les archives des congrégations religieuses impliquées dans les pensionnats. « Je suis sidérée. Si on lit ça, on a l’impression que la vie à Kamloops était super. Il n’y a absolument aucun regard critique à la lumière des témoignages des survivants, le ressenti des enfants ne fait pas partie de ces histoires pour elles », se désole la directrice du programme en études autochtones.

Elle observe la tendance qu’ont les congrégations religieuses à enjoliver leur expérience, et ce document ne fait pas exception. « Ces enfants autochtones possèdent d’excellentes qualités d’esprit et de cœur. Ils ont une bonne mémoire et apprennent facilement. Leurs matières préférées sont le dessin, l’arithmétique, l’histoire et la géographie, mais ils sont avides d’apprendre la religion. Les garçons sont assidus, les filles sont habiles. Tous ont un talent remarquable pour la musique et le chant », y lit-on. « J’ai l’impression que ç’a été écrit en 1935, et non en 2015 », déclare la chercheuse. 

« Complices d’un système destructeur » 

À la maison mère des Sœurs de Sainte-Anne, dans le petit parc près du cimetière du couvent, un ensemble de statues de taille humaine montre la fondatrice de la congrégation jouant avec deux enfants. À l’intérieur du bâtiment, sur les murs du cinquième étage, se trouve un tableau nécrologique où figurent toutes les sœurs de la congrégation décédées depuis 1850. Parmi elles, certaines ont travaillé dans les pensionnats autochtones. Les religieuses nous laissent les prendre en photo, mais nous demandent ensuite de ne pas les publier. « Ont-elles participé à un génocide », demande-t-on à sœur Larivée. « Elles étaient inconsciemment complices d’un système destructeur qui visait systématiquement à détruire une culture », répond-elle. « Je n’irais pas jusqu’à dire que nos sœurs ont participé à un génocide culturel », nous dit-elle.

Nous lui demandons alors si, après la découverte des fosses communes à Kamloops, elle est prête, elle la soeur supérieure de la congrégation des Sœurs de Sainte-Anne, à reconnaître que les pensionnats autochtones sont à l’origine d’un génocide. « Ces politiques, qui ont été favorisées par le gouvernement canadien, nous pouvons maintenant regarder en arrière et dire que c’était un génocide culturel, je serais prête à aller aussi loin oui. Pour ce qui est de le qualifier de génocide tout court, j’aurais besoin de plus d’informations. » 

Une imputabilité questionnable 

Les religieuses évoquent souvent la Commission de vérité et de réconciliation (CVR) lorsqu’on les questionne sur leur responsabilité. Une commission créée alors que des survivants des pensionnats intentaient un recours collectif de 12 G$ contre le Canada et le Vatican. La CVR n’avait pas de pouvoir d’assignation. On ne pouvait donc pas citer des officiels de l’église ou le gouvernement en cour. Plusieurs experts auxquels nous avons parlé interrogent le type de justice qu’elle a engendré. Marie-Pierre Bousquet, directrice du programme en études autochtones à l’UdeM, estime que la CVR a été structurée par le fédéral pour éviter le pouvoir d’investigation, ce qui a par ricochet protégé les agresseurs. 

Mais cela pourrait changer. Des avocats d’un peu partout au pays ont demandé au Tribunal pénal international d’enquêter sur le gouvernement canadien et le Vatican pour crimes contre l’humanité à la suite de la découverte du cimetière caché à Kamloops. Les congrégations impliquées pourraient être légalement accusées et reconnues responsables de crimes contre l’humanité. Questionnée à cet effet, sœur Rita Larivée répond : « Nous n’étions que des employés, nous n’étions pas les administrateurs. » Un argument entendu lors de nombreux procès pour crimes de guerre : en Yougoslavie, au Rwanda et à la suite de l’Holocauste. « Oui, c’est vrai », admet-elle timidement. « Peut-on poursuivre des personnes qui suivaient la loi ? Nous devons trouver des manières d’avancer vers la guérison, je ne pense pas que la loi punitive soit la bonne route à adopter », se justifie la religieuse. 

La maison mère des Sœurs fermera ses portes en décembre. Au Québec, et ailleurs au Canada, la vocation religieuse est de plus en plus rare. La religieuse estime que, d’ici une quinzaine d’années, les Sœurs de Sainte-Anne ne seront plus qu’un héritage. La moyenne d’âge, répète-t-elle, est de 85 ans. Les religieuses seront-elles plus transparentes sur leur passé dans les pensionnats autochtones ? « Ça fait partie de notre héritage, mais ce n’est pas tout notre héritage. Il n’est peut-être pas parfait, mais notre intention est de faire du mieux qu’on peut pour que l’histoire ne se répète pas. Nous essayons de bâtir un meilleur avenir, sans renier une partie de notre héritage. » 

Que disent les sœurs aux survivants de Kamloops et aux enfants des survivants ? Au bout d’une heure et quart d’entrevue, sœur Larivée souffle ces trois mots que plusieurs demandent d’entendre : « We’re sorry. » « Nous sommes désolés, nous pleurons avec vous, nous pleurons avec vos enfants et nous ferons tout pour marcher avec vous pour guérir. » Donc, vous vous excusez ? lui demande-t-on. « Je pense que nous devons nous excuser, je pense qu’il faut sincèrement dire “Je m’excuse”, et nous nous excusons toutes », conclut-elle. 

Quelques heures après notre entretien, la Conférence religieuse du Canada a exprimé sa tristesse et sa compassion, sans s’excuser, dans un communiqué que sœur Rita nous fait parvenir.

Soeur Rita Larivée, soeur supérieur de la congrégation des Soeurs de Sainte à Lachine
Photo: Lela Savic

Le rôle des Sœurs dans les pensionnats autochtones

« Dans ces écoles, les religieuses sont directement placées sous la tutelle de la congrégation masculine ayant en charge l’institution ; très généralement celle des Oblats de Marie-Immaculée. Afin d’administrer ces pensionnats et de préciser les rôles et les devoirs des congrégations masculines et des congrégations féminines en présence, des contrats sont rédigés entre les deux congrégations co-gestionnaires. Les religieuses y sont alors désignées comme des “collaboratrices”. Il y est précisé qu’elles doivent se charger de l’instruction lors des heures de classe, mais aussi de l’éducation des enfants soir et week-end, les accompagnant durant les repas, les soins, les corvées ou encore lors des moments de récréation. Également, ces contrats soulignent la place “d’auxiliaires” réservée aux religieuses dans ces établissements. Elles sont responsables de la régie interne de la résidence : des lieux de vie des enfants et de la maison des Pères. Par leur présence constante, ce sont elles qui se chargent de la transformation des enfants, dès leur plus jeune âge, en vue de leur assimilation. Elles sont les actrices principales de la transmission des multiples savoirs, savoir-faire et savoir-être que les jeunes Autochtones se doivent d’acquérir selon la politique alors en place. Au-delà de leur activité d’enseignement, les religieuses en école résidentielle deviennent en quelque sorte des mères de substitution. Plusieurs sœurs interrogées ont indiqué qu’elles devaient jouer « le rôle de parents » auprès des enfants scolarisés », Marion Robinaud, anthropologue signataire d’une recherche intitulée Les pensionnats indiens au Canada. Les religieuses et la transmission des savoirs pour l’assimilation des autochtones.