Ça fait déjà quelques mois que Diamond Yao s’est jointe à La Converse à titre de collaboratrice. Elle est en effet avec nous depuis novembre dernier. Avec sa manière d’approcher le journalisme – mélange de sensibilité, de professionnalisme et de débrouillardise –, Diamond a le don d’écrire des reportages touchants qui trouvent un écho auprès des communautés qu’elle dessert. Nous sommes extrêmement heureux de l’accueillir dans notre équipe de journalistes d’été et avons bien hâte de lire la suite. 

Diamond, qu’est-ce qui t’a amenée au journalisme ? 

J’ai eu une autre vie avant de faire du journalisme à temps plein. J’ai étudié le développement durable, puis j’ai travaillé avec plusieurs organisations sociales,  communautaires et environnementales. J’ai notamment travaillé en faveur de la sensibilisation aux changements climatiques, de l’éducation des ados et jeunes adultes à l’anti-racisme, au colonialisme, au féminisme et à l’intersectionnalité. Ces expériences m’ont été très utiles dans ma carrière, elles m’ont donné une bonne base de connaissances. 

Quand j’étais jeune, j’aimais écouter les nouvelles avec ma famille, c’était notre grande activité ! Je m’y suis toujours intéressée. Il me fallait trouver une voie pour entrer dans ce métier ; personne dans mon entourage n’avait fait carrière dans le domaine. Je ne voyais pas vraiment de femmes racisées, encore moins de femmes asiatiques dans les médias québécois. Le défi était de trouver comment y arriver. 

Adolescente, j’ai été inspirée par un blogue tenu par une rédactrice sino-américaine et j’ai commencé à tenir le mien. Ensuite, je me suis dit que mes articles pourraient peut-être être publiés ailleurs. Je suis autodidacte, et c’est grâce à cette expérience que j’ai appris à écrire, à faire des pitchs, des entrevues. 

J’ai commencé à travailler à la pige en 2015. Je n’avais pas envisagé d’aller à l’école de journalisme. Je devais financer mes études, j’ai dû beaucoup travailler, et je ne savais pas si je pouvais me permettre d’étudier ; ça semblait être un trop grand risque vu la précarité du métier. J’ai donc fait du journalisme en parallèle, sur les sujets qui m’intéressaient et qui se recoupaient dans ma vie professionnelle, en combinant les deux. 

Qu’est-ce qui t’a amenée à La Converse ? 

La Converse m’a frappée par son approche, qui est centrée sur les communautés et les personnes. J’aime qu’on cherche des perspectives qui sont marginalisées ou des personnes qu’on n’entend pas ; et aussi, qu’on prenne le temps de bâtir une relation, des liens avec ces personnes et ces communautés pour qu’elles nous fassent confiance, et qu’il y ait un bon lien. Leurs relations avec les médias sont très tendues. En tant que journaliste, je crois qu’il est important de faire quelque chose qui serve les communautés, qui les aide et qui contribue à entretenir une bonne relation entre elles et les médias. 

Quel est le rôle du journaliste, selon toi ? 

Je vois le journaliste comme quelqu’un qui utilise sa position pour rendre visibles des choses et perspectives qui sont souvent rendues invisibles. C’est un service qui permet de donner une plateforme à ces idées, à ces gens qui n’ont pas cette possibilité. Je vois le journaliste comme quelqu’un qui rend ces choses visibles pour qu’on y soit confronté et que ça puisse faire avancer les discussions dans la société. Pour moi, il s’agit d’aller sur le terrain, de voir les gens et de comprendre quels sont les  enjeux qui sont importants pour eux et d’utiliser mon rôle pour amener ces enjeux dans la sphère publique afin que tous y aient une place.  

Que signifie le journalisme de dialogue pour toi ? 

Le journalisme de dialogue, c’est un journalisme où le respect, les liens et les conversations sont mis de l’avant. On va écouter les gens, prendre le temps de comprendre leur réalité, leurs perspectives, sans chercher à imposer la nôtre. On met de l’avant leur vision, on va vers l’autre, on essaye de le comprendre. 

Je souhaite avoir un lien de confiance avec les gens, essayer d’obtenir des perspectives qui sont peut-être contradictoires, mais tenter d’avoir un dialogue sur celles-ci de façon à ce que la conversation soit plus riche. Souvent, on a tendance à diviser les communautés ou à mettre de l’avant les divisions. Je veux faire le contraire, je veux rassembler les gens et voir quels sont leurs points communs. Je veux guérir les divisions qu’on voit dans les communautés. C’est comme ça qu’on pourra faire avancer les dialogues et enrichir les conversations. 

Qu’est-ce qui t’attend à La Converse ? 

Je suis attirée par les communautés, la diaspora et les enjeux d’intersectionnalité. Je veux utiliser mon rôle pour mettre de l’avant les gens et les perspectives qu’on n’entend pas dans la sphère publique québécoise. Je vais chercher ceux qui n’ont pas l’habitude de parler aux médias, ou qui ne parlent ni français ni anglais, qui n’ont pas de réseaux sociaux, de présence dans les médias ou dans la sphère publique. On va chercher ces personnes qu’on n’entend pas, et voir ce qu’elles pensent, ce qu’elles veulent, et où sont leurs intérêts. 

Il y a tellement d’histoires et de perspectives absentes de la sphère publique. Ce sont celles-là que je souhaite aller chercher. Lorsqu’on regarde dans les médias et les journaux, on répète souvent les mêmes histoires, on va chercher les mêmes personnes et explorer sous les mêmes angles. Il y a tellement à explorer, ce serait dommage si on les laissait dans l’obscurité. On veut aller chercher ces angles-là, dans les conversations qui existent, pour les enrichir et les mettre de l’avant.