Kijâtai-Alexandra Veillette-Cheezo.
Photo : Pablo Ortiz

Kijâtai-Alexandra Veillette-Cheezo se joint à l’équipe de La Converse à titre de stagiaire dans le cadre du programme de journalistes émergents autochtones de Journalistes pour les droits humains (JDH). 

Alors que notre recrue amorce ce nouveau chapitre professionnel de sa carrière, nous découvrons une personne engagée aux multiples projets passionnants et au rire contagieux. 

Il s’agit d’une première expérience de journalisme pour toi. Qu’est-ce qui t’a mené.e à cette nouvelle expérience ? 

J’ai toujours souhaité couvrir des sujets qui sont moins souvent traités. Des sujets qui, selon moi, méritent qu’on en parle. En posant la question : « Qui peut le faire ? », je me suis dit : « Pourquoi pas moi ? » Ça m’a toujours intéréssé.e. Ma première idole était Alanis O’Bomsawin, et c’est ce qu’elle a fait. La manière dont elle menait ses entrevues est impressionnante. Je ne savais pas trop comment aborder cela, et j’ai une expérience en cinéma. Lorsque j’ai vu ce stage, je me suis dit que ce serait l’occasion d’en apprendre plus sur le métier. J’ai vu le site Web, j’ai regardé ce que fait La Converse et ce qu’est sa mission, et wow, ça correspond à mes intérêts – en particulier faire du journalisme, mais à partir des communautés. 

Quelle influence ton parcours a-t-il sur ton nouveau métier ? 

J’ai travaillé au Wapikoni, et j’ai vraiment beaucoup aimé mon expérience là-bas. Ç’a éveillé ma passion pour le cinéma. Toute petite, je faisais déjà des vidéos sur des cassettes à l’école. J’ai commencé un DEC en cinéma – j’ai d’abord aimé ça, puis à un certain moment, je n’ai plus su pourquoi j’étais là, pourquoi je voulais faire des films. L’aspect scolaire a également été un peu un… Je me disais que je ne serais jamais capable de faire ce que Alanis O’Bomsawin faisait. J’ai décidé de prendre une année pour y penser ; ça s’est transformé en cinq ans où j’ai cherché à explorer autre chose. Avec le Wapikoni, j’ai vu des gens faire des films, j’ai été témoin de leur passion et j’ai découvert pourquoi je souhaitais faire des films : pour créer des liens avec les gens, parler de choses dont on n’entend pas souvent parler et faire de la représentation. 

Les films du Wapikoni m’ont aussi permis de comprendre que je n’étais pas seul.e dans ma situation : j’ai été élevé.e par ma mère, qui n’est pas autochtone. Mon père, qui est de la Nation anishnabe, est allé au pensionnat. Il n’était pas là pour m’élever, ou pour transmettre notre culture et notre langue. C’est quelque chose qui touche beaucoup de gens de ma génération. Ça m’a fait du bien de voir que je n’étais pas seul.e. Ça m’a donné l’occasion de redécouvrir ma culture. Pendant longtemps – et encore parfois aujourd’hui –, j’ai eu le syndrome de l’imposteur. J’avais l’impression de ne pas être réellement autochtone parce que je ne parle pas ma langue, que je ne connaissais pas les cérémonies et que je n’étais pas en contact avec ma famille paternelle. Aujourd’hui, je commence à affirmer mon identité de genre. En 2018, c’était la première fois que je m’affichais en tant que personne aux deux esprits, faisant partie de la communauté LGBTQA2S+ et autochtone de Montréal. 

Je suis très impliqué.e dans la communauté. Je parle beaucoup des enjeux publiquement, j’ai toujours eu cette envie de faire entendre la voix des communautés. Je veux vraiment qu’on entende plus les gens ! Je n’aime pas beaucoup le mot « réconciliation », parce que c’est encore un peu un buzzword, ça commence à être un peu vidé de sens. Mais je souhaite créer des ponts entre autochtones et allochtones, montrer qu’on peut faire beaucoup de choses ensemble, qu’il faut s’asseoir et écouter. 

Quel est pour toi le rôle du journaliste ?

Selon moi, c’est une personne qui cherche à comprendre ce que les gens veulent dire et qui fait de son mieux pour rapporter ce qu’ils ont à dire, mais aussi pour exprimer ce qu’ils ressentent et ce qu’ils veulent savoir. Je veux aller à la rencontre des gens pour présenter leur réalité. Il s’agit de montrer les choses de façon authentique ; j’ai bon espoir qu’en montrant les réalités, on puisse sensibiliser les gens et changer les choses. 

Qu’est-ce qui t’attend à La Converse ? Quels sujets aimerais-tu traiter ?

Je suis très content.e de faire partie de cette équipe ! J’ai l’impression que je vais en apprendre beaucoup sur la façon de parler de sujets qu’il est important d’aborder selon moi – par exemple, les différentes réalités autochtones à Montréal. Je suis content.e qu’il y ait autant de confiance en mes compétences pour parler de ces enjeux et qu’on m’offre l’occasion de les aborder. Enfin, d’autres questions m’intéressent également, comme les différentes réalités des communautés LGBTQA2S+ et autochtones et des personnes grosses.