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2/4/2025

Élections fédérales 2025 : pourquoi la jeunesse s’éloigne-t-elle des urnes ?

temps de lecture:
5 Minutes
Initiative de journalisme local
Journaliste:
ILLUSTRATEUR:
COURRIEL
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Note de transparence

Un cercle vicieux semble de plus en plus se dessiner dans la relation entre les politiciens et la jeunesse. Les partis politiques s’adressent de moins en moins aux jeunes dans leurs programmes électoraux ou sur leurs plateformes de communication. Les jeunes se sentiraient ainsi de moins en moins représentés par ces instances et perdraient peu à peu le désir de s’informer et de s’impliquer. Depuis moins de 10 ans, ce cercle se renforce et la jeunesse tend à s’éloigner des urnes.

Guerre commerciale, tarifs douaniers, environnement, immigration et coût de la vie – ces thèmes sont sur les lèvres de tous les jeunes votants. Plusieurs se demandent comment naviguer dans cet océan de concepts complexes tout en essayant, tant bien que mal, de s’identifier aux partis en lice.

Je me suis rendue dans la cafétéria du cégep Marie-Victorin pour interroger quelques étudiants. L’endroit est spacieux et lumineux, propice aux échanges. Des jeunes de 18 et 19 ans expriment leurs préoccupations, parlent de la manière dont ils s’informent dans le cadre de cette campagne et présentent des solutions. 

Avril, 18 ans, constate que son entourage parle de plus en plus des enjeux politiques actuels. Elle explique : « Je trouve que notre génération, la génération Z, est plus impliquée. On est aussi plus opinionated que les générations précédentes. »

Une distance ressentie entre l’univers politique et les réalités des jeunes se concrétise dans plusieurs témoignages. « J’ai l’impression qu’on ne s’adresse jamais directement à nous. On voit toutes sortes de nouvelles passer à la télévision, mais personne ne nous dit : “Les jeunes, on a des solutions pour vous !” Peut-être que, si on nous parlait directement, on serait plus à l’écoute », indique d’ailleurs Maïka, 18 ans. 

Pour plusieurs, les réseaux sociaux sont l’avenir de la communication entre l’univers politique et le jeune électorat. Tous suivent davantage l’actualité des partis politiques sur TikTok ou Instagram. « Ce serait bien même d’avoir plus de vulgarisation sur les réseaux sociaux. Plusieurs n’ont pas de cours de politique et ne comprennent pas nécessairement ce qui se passe actuellement », explique Ariana, 18 ans.

« J’ai l’impression que ce qui circule déjà sur les réseaux sociaux, c’est un peu forcé. Le message passe, mais je ne sens pas un réel intérêt des partis à nous rejoindre », ajoute Gabriel, 18 ans.

Ces jeunes ont tous l’intention de voter. Ce sera une première pour eux. On sent d’ailleurs une réelle volonté de se renseigner sur l’actualité politique et de s’engager en faveur des enjeux qui les touchent le plus, malgré le fait qu’ils ne se sentent pas directement interpellés par les partis. 

Baisse de l’intérêt de la jeunesse pour la politique

Au cours des trois dernières élections fédérales canadiennes, le taux de participation des 18 à 24 ans n’a fait que diminuer. Selon des données d’Élections Canada, il était de près de 57 % en 2015, puis d’environ 54 % en 2019, avant de chuter à 46,7 % aux dernières élections, en 2021. On parle de 10 points de pourcentage de moins en quelques années seulement.

À ce moment, on constate que la participation électorale augmente avec l’âge. L’écart de participation est d’ailleurs assez frappant. Si près de 47 % des 18-24 ans votent, ce sont près de 75 % des 65-74 ans qui déposent un bulletin dans l’urne. Cette tendance est d’ailleurs la même partout au pays. 

Ces données montrent que les citoyens les plus âgés ont un poids électoral plus important. Mais pourquoi les jeunes perdent-ils toujours un peu plus d’intérêt au fil des élections ?

Entre milieu communautaire et discours politique

Pour essayer de comprendre le phénomène, nous avons fait un premier arrêt au Centre lasallien Saint-Michel pour discuter avec Stéphanie Germain. La directrice générale d’Éduconnexion et organisatrice communautaire travaille au cœur des communautés montréalaises. Elle s’implique auprès de jeunes du secondaire et de jeunes adultes de plusieurs quartiers de la métropole. Stéphanie connaît l’importance des élections actuelles pour la jeunesse.

« Si je me fie à ce que j’entends des jeunes avec qui je travaille, il y a un certain sentiment d’effacement qui est ressenti. Les jeunes ne se sentent pas pris en considération par la question politique, mais ça ne veut pas dire qu’ils ne s’impliquent pas », explique-t-elle. 

L’écart entre les réalités des jeunes électeurs et le programme politique des différents partis se creuse, selon l’organisatrice communautaire. « Les élections se passent tous les quatre ans ; donc, pour moi, on ne peut pas s’attendre à ce que les jeunes soient mobilisés à ce moment précis, souligne-t-elle. Les politiciens viennent dans nos locaux discuter avec les jeunes seulement un mois ou deux avant le début des élections. C’est tout au long de l’année que l’on devrait les consulter. »

Au cours de la première semaine de la campagne électorale, Stéphanie a senti une tension, une effervescence dans son milieu. La situation actuelle des relations économiques et politiques avec les États-Unis soulève des questions. « Je me suis dit : “Si nous, en tant qu’adultes, on vit de l’anxiété par rapport à tout ça, qu’est-ce que les jeunes doivent vivre ?” Sachant que, souvent, les politiciens et les politiciennes parlent un langage qui est complètement déconnecté de leurs réalités », remarque Stéphanie.

Avec Éduconnexion, elle veut offrir un espace d’échange sur des questions et des enjeux politiques actuels. L’organisation se penche sur l’engagement et la participation citoyenne. « C’est prioritaire de créer des lieux d’expression pour la jeunesse ! » mentionne-t-elle. C’est en organisant des soirées intitulées « Jeunesse en conversation » que Stéphanie cherche à briser ce cercle vicieux de désinformation et de manque d’implication politique. L’objectif étant de donner du bagage aux votants et aux futurs votants. Tous les vendredis soirs, des jeunes de 14 à 19 ans se rassemblent pour dialoguer entre eux et avec des spécialistes de différents domaines d’expertise. Ces soirées ont pour thème l’implication citoyenne, mais traitent aussi de sujets variés comme la géopolitique, l’art, l’environnement ou encore l’éducation à la citoyenneté mondiale. Une soirée spéciale est prévue pour les élections.

« On est dans une période anxiogène, et je trouve que les espaces manquent pour prendre le temps de débattre de l’actualité, de ce qui est entendu dans les médias et même de parler de la façon dont les jeunes se sentent, ce qui les inquiète », conclut Stéphanie.

La politique provinciale plus intéressante pour les jeunes 

Prochaine étape, André Lamoureux vient prendre un café dans nos locaux. Il est spécialiste de la politique québécoise et canadienne et professeur du Département de sciences politiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Selon lui, historiquement, la participation de la jeunesse au processus électoral fonctionne par vagues. « Pour le commun des mortels, le palier fédéral est un peu plus abstrait. Au niveau provincial, on le sait, il est question de culture ou encore d’éducation. Les jeunes se mobilisent plus, parce que ce sont des enjeux qui les touchent de manière plus concrète. »

Il souligne la forte incidence des décisions du gouvernement canadien sur le quotidien des citoyens : « Il y a plusieurs compétences qui relèvent de l’État fédéral et, quoi qu’on en pense, ç’a un effet tous les jours sur notre vie, surtout en ce moment avec l’offensive de Donald Trump. Le domaine d’intervention qu’est le domaine fédéral est très important. »

L’engagement citoyen de la jeunesse n’est pas suffisamment recherché, croit-il. Selon lui, le système d’éducation devrait enseigner davantage les rouages de la vie politique pour mieux préparer les 18 à 24 ans en dehors des périodes d’élections. 

Un autre manquement important concerne l’implication même des différents partis politiques. « Faire en sorte que les jeunes s’impliquent, ça commence par le programme du parti. Il faut que les partis aient des prises de position qui interpellent les jeunes. À partir de là, on peut faire des activités de rassemblement pour faire avancer ces causes avec eux, en les accompagnant », explique M. Lamoureux.

Selon le spécialiste, comme les jeunes se rendent de moins en moins aux urnes, les partis ont de moins en moins tendance à aller vers eux. C’est une sorte de cercle vicieux qui se met en place. « Ce sont des manières de faire qui mettent du temps à être instaurées au sein des partis. Ça ne se fait pas du jour au lendemain. Il faut que ça s’inscrive dans une trajectoire permanente », indique-t-il.

L’actualité à travers le dialogue.
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